En direct du chantier naval du nouveau navire hôpital ; nous avons interviewé Jim Paterson chef de projet du Global Mercy. Dans cette interview, vous en découvrez davantage sur le plus grand navire hôpital civil au monde.

Le Global Mercy est, me semble-t-il, basé sur un design de navire de Stena RoRo ; En quoi la construction d’un navire-hôpital se distingue-t-elle d’un autre navire ?

L’Africa Mercy, mis en service en 2007, était un ferry danois que nous avons converti en navire-hôpital. Pour concevoir la construction du nouveau navire, nous avons tenu compte des problèmes rencontrés avec l’Africa Mercy. Nous avons ensuite mené une enquête pendant un an auprès de nos bénévoles. Ils ont confirmé nos observations suivantes : nécessité de plus d’espace dans l’hôpital notamment pour la formation, plus de place pour le stockage, davantage d’espaces de vie pour l’équipage, et des cabines un peu plus spacieuses, pour les célibataires en particulier.

Nous avons travaillé un projet basé sur ces recommandations. La proposition de Stena RoRo était vraiment similaire à notre idée générale.

Voici quelques-unes des différences de construction sur le nouveau navire 2020 ; la propulsion diesel-électrique plus appropriée à notre exploitation avec un séjour prolongé dans le port, des cabines et des espaces de vie plus spacieux et disposés différemment, et enfin les ponts réservés aux véhicules ont été remplacés par la partie hôpital, soit au total 7 000m² sur deux ponts.

La construction sur le chantier naval

Comment s’est déroulée la construction de ce navire sur le chantier naval ? A-t-elle été conforme aux attentes ou avez-vous eu des imprévus à gérer ? (Des problèmes techniques par exemple, au-delà des difficultés liées au Covid)

Le protocole SRTP (Secure Real-Time Transport Protocol) était nouveau lorsque nous avons commencé à travailler. Il était également nouveau pour le chantier chinois. En fait, le Global Mercy était le premier navire à passagers commandé en Chine pour un usage international. La vitesse prévue du navire est de 12 nœuds ; le standard SRTP prévoit 6 nds en route avec la moitié de l’alimentation non disponible. Le chantier naval était inquiet de ne pas réussir à atteindre cet objectif qui n’était pas une exigence stricte mais faisait partie du cahier des charges, surtout pour un navire à propulsion par pods. Nous avons perdu beaucoup de temps dans cette phase de conception malgré le fait que le pavillon et la classe du navire étaient déjà enregistrés. La climatisation a également été un grand défi pour le chantier et, dans une moindre mesure, le traitement des déchets.

Que restera-t-il à faire en termes d’aménagement du Global Mercy après sa mise à l’eau par le chantier naval ?

Les plus grandes pièces d’équipement médical, par exemple le CT Scanner, les rayons X, les stérilisateurs, les désinfecteurs. Tout ce qui nécessite d’être boulonné, câblé à l’électricité sont en cours d’installation sur le chantier naval.. Tous les nombreux petits éléments seront installés après le chantier naval y compris le matériel hospitalier tel que le laboratoire. A cela s’ajoutent le chargement de tout l’ameublement. Ainsi le navire sera opérationnel quand il débutera sa première mission.

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Innovation et système du nouveau navire

Quelles innovations techniques ont a été utilisées pour limiter l’empreinte carbone du navire ?

Nous avons essayé d’intégrer autant de moyens techniques possibles pour économiser l’énergie, par exemple les lumières LED. La plupart des moteurs comme les ventilateurs ou les pompes, sont équipés de variateurs de fréquence réglés pour tourner au régime adéquat afin de réduire la quantité d’énergie nécessaire. La récupération de la chaleur résiduelle est utilisée dans la mesure du possible, dans le système de CVC et pour alimenter les principaux moteurs diesel à partir des gaz d’échappement et de l’eau de refroidissement.

Le navire est conçu pour naviguer à relativement faible vitesse. Cela permet de réduire considérablement la consommation de carburant en mer. L’entreprise Selektope a fait don d’un additif anti salissures pour la peinture. Cela empêchera toute accumulation de matières sur la coque pendant nos séjours prolongés dans les ports. Ceci permet une propulsion plus efficace du navire. Nous disposons à bord d’un système de traitement des déchets assez sophistiqué, tant pour les déchets solides que liquides.

Quels autres systèmes spécialisés ont dû être installés sur le nouveau navire pour en faire un hôpital ?

La ventilation de l’hôpital est assez élaborée. Une filtration spéciale ainsi que des gradients de pression positifs et négatifs, selon l’endroit, ont été installés pour contrôler le flux d’air entrant et sortant afin de réduire la propagation potentielle d’une contamination par l’air.

Le réseau informatique est très étendu dans tout le navire. Plus particulièrement dans la zone de l’hôpital, pour faciliter la communication avec les différents équipements et envoyer des informations à terre pour un diagnostic rapide si nécessaire. Nous avons également intégré une « véranda » à l’arrière du pont 4 (pont de l’hôpital) pour que les patients en convalescence puissent sortir s’ils le souhaitent.

Un navire bientôt en mer

Le coût final du navire-hôpital sera-t-il conforme au montant initial de 178 millions de dollars annoncé il y a quelques années ?

Le budget total de la construction du Global Mercy, de la conception à l’arrivée du premier patient à bord, en passant par l’équipement de l’hôpital, et la navigation vers l’Afrique est d’environ 200 millions de dollars US. Mercy Ships a déjà réuni la majeure partie de ce montant.

Quelles sont les prochaines étapes du chantier naval pour que le navire hôpital soit pleinement opérationnel ?

Le navire est à flot et les essais en mer vont débuter, y compris les contrôles de bruit et de vibration. Le test d’inclinaison devrait avoir lieu prochainement, dès que la partie hébergement est terminée. Les derniers tests de mise en service sont en cours, en particulier pour le système CVC qui est un processus assez long, et la vérification de tous les systèmes de sécurité, de détection d’incendie et autres. Nous passons en revue également un à un les derniers points de contrôle pour obtenir un avis favorable de la commission de sécurité.